Bilinguisme

Notre raison d’être par rapport aux alternatives (à d’autres crèches et écoles maternelles)

Le Kindertreff (littéralement : lieu de rencontre pour enfants) est né de l’idée d’une structure adoptant et mettant en valeur les différentes origines, cultures et langues distinctes (le français et l’allemand) des enfants. Les enfants y rencontrent deux cultures, parmi lesquelles ils peuvent construire leur identité. De cette cohabitation linguistique et culturelle résulte une nouvelle culture, commune. Cette transmission d’une double culture est la motivation principale des familles qui confient leurs enfants au Kindertreff.

Pour répondre à ce besoin, le Kindertreff souhaite offrir aux enfants des situations où ils peuvent tout naturellement jouer dans les langues et les cultures allemandes et françaises, sans imposer d’objectif de progression ni de rythme dans la découverte.

L’environnement bilingue incite chaque enfant à s’intéresser aux deux langues, y compris celle où il se sent le moins à l’aise. Les enfants allemands entrent progressivement en contact avec le français dans un contexte sécurisant où ils peuvent se faire comprendre en allemand, tandis que les enfants français découvrent tout naturellement l’allemand. Pour leur part, les enfants issus de familles franco-allemandes trouvent au Kindertreff l’occasion, unique pour certains, de vivre la langue allemande hors du cercle familial et de rencontrer d’autres enfants vivant dans un contexte bilingue. L’allemand prend ainsi à leurs yeux le statut de « vraie » langue, la langue d’un collectif qui dépasse leur famille. Il s’agit d’un soutien essentiel aux efforts en ce sens que fait toute famille vivant dans un pays où sa langue, ou l’une de ses langues, est marginale.
Au Kindertreff, il ne s’agit pas d’apprendre une langue comme c’est le cas dans une école, mais de vivre deux langues et par conséquence leurs cultures respectives, car les deux sont étroitement liées. Il y a certes la partie non négligeable d’apprentissage de grammaire, vocabulaire etc., indispensable pour pouvoir parler une langue, mais l’exigence du Kindertreff ne se situe pas là. Il est plutôt d’offrir en plus des aspects structurels de la langue, tous les aspects péri linguistiques qui favorisent, stimulent la communication entre des étrangers, leur permettent de se reconnaître, de se parler sans souci de la faute, sans peur de dire « bien ou mal », et avec une compréhension réciproque de leurs cultures.

Notre vision du bilinguisme

Le Kindertreff a très tôt innové dans une éducation bilingue, se dégageant de la norme longtemps dominante « une personne – une langue ». La définition du bilinguisme, avec ses différents niveaux et toutes sortes de cas, s’est élargie, et les études faites sur l’appropriation d’une autre langue ont permis de reconnaître d’autres méthodes. La méthode « une personne/une langue » initiée par Grammont a évolué suite aux recherches et observations diverses. En effet des chercheurs linguistiques ont prouvé qu’un enfant sait faire la différence entre les deux langues, même si c’est une même personne qui lui parle ces deux langues.

Le principe « une personne/une langue » est basé sur des modèles très stricts, qui ne permettent pas d’exceptions à cette règle. Les parents ou pédagogues dans cette méthode, sont tenus de s’adresser à l’enfant uniquement dans leur langue d’origine (dite langue maternelle), dans toutes les situations. Mélanger deux langues est dans cette méthode strictement interdit. Mais cela a évolué, au fil des années, en intégrant le côté relationnel avec l’enfant et les différentes étapes dans le développement du langage. Des exemples de familles où l’enfant a refusé la deuxième langue, à cause d’un système trop contraignant, se sont multipliés. Des remarques comme : « si tu ne parles pas allemand avec moi… », créent des rapports de force entre l’enfant et l’adulte. Les enfants qui ont été obligés de séparer les deux langues à tout moment et en toutes circonstances, ont pu rejeter une langue ou s’exprimer exprès dans cette langue avec le parent qui ne la maîtrisait pas. Nombreux sont les exemples de situations de square, (« die Spielplatzbeispiele »), où les enfants bilingues sont gênés si leur parent leur parle dans la langue différente de celle du pays. Le fait de parler une autre langue le freine dans le contact avec les camarades, car elle peut faire obstacle dans une première approche et « exclure » l’enfant. Ceci va à l’encontre du fondement même d’une langue : communiquer.

Un enfant sait très facilement qui parle quelle langue, qui ne la parle pas ou peu, ou qui la comprend. Il paraît naturel à un enfant que son parent qui est bilingue parle dans les deux langues, car il le voit parler cette autre langue avec d’autres personnes.
Parfois la personne de langue maternelle allemande, qui vit en France, peut elle-même avoir le réflexe de parler français dans une situation quelconque. C’est considéré comme sans aucune gravité ; dès qu’elle va s’en apercevoir, elle va rétablir le code usuel, « switcher » (passer) dans l’autre langue aussi rapidement, après l’avoir remarqué juste d’une petite interjection ou par un simple sourire. Ainsi l’enfant a comme exemple des adultes bilingues, qui passent d’une langue à l’autre.

Un autre exemple est celui de la communication en équipe : il y a des membres, stagiaires dans l’équipe qui ne comprennent pas l’allemand. Or dans notre travail, il s’agit de collaborer et d’intégrer tout le monde dans la vie du groupe. Il est ainsi demandé aux membres de l’équipe de faire preuve d’avantage de sensibilité et d’ouverture dans la communication.
Ceci est également valable à l’intérieur d’une famille : si on exclut, du fait de parler une autre langue, son partenaire, l’aspect de la langue comme support de communication n’est pas respecté.
Il paraît évident que dans toutes les questions de relationnel entre les êtres humains, il n’y a pas de « recette unique ». Chaque cas est singulier, car la composition linguistique de chaque famille est différente.
Aujourd’hui on sait l’importance de la qualité autant que de la quantité de rapport affectif avec la langue dans le bilinguisme. Il est évident qu’un enfant qui entend très peu la deuxième langue ne pourra pas atteindre le niveau d’un enfant qui est en contact permanent avec deux langues. Mais le niveau relationnel est un facteur important : si on vit le bilinguisme d’une manière naturelle, on facilite l’accès à cette langue pour l’enfant. Si la relation avec l’enfant est bonne, on arrive mieux à mettre en place les objectifs pédagogiques. Comme dans le stade où un enfant devient propre, la façon dont l’adulte initie l’enfant, dans une exigence adaptée, va entraîner ou non le succès de l’apprentissage. Si on respecte le développement de l’enfant et sa propre prise de décision, les tensions seront moindres et le résultat sera meilleur.
La langue officielle du Kindertreff est le français en tant qu’association loi 1901, pour des raisons évidentes de facilité administrative. Dans la vie de tous les jours, les courriers, les réunions et les rendez-vous officiels se font en français. Cependant, la volonté est de communiquer le plus possible dans les deux langues pour préserver le caractère bilingue de la structure. Cela se passe sans trop de contraintes, car si deux personnes de la même langue maternelle se rencontrent, elles parlent naturellement cette langue-là.