L’éveil bilingue et biculturel

Objectifs

  • Permettre à chaque enfant de vivre dans un espace bilingue et biculturel

Pour nous, être bilingue peut signifier :

  • Comprendre et parler deux langues
  • Avoir une langue faible et une langue forte
  • Mélanger deux langues
  • Penser et avoir des émotions dans deux langues
  • Évoluer dans deux cultures de langues

Moyens

Les enfants issus de cultures diverses rencontrent des coutumes et des habitudes différentes. Ils immergent dans plusieurs langues à la fois et doivent comprendre et respecter le fait que les adultes et les autres enfants ont chacun son propre niveau de langue. Le Kindertreff est donc le lieu de l’échange des particularités qui caractérisent chaque enfant. Chacun peut comparer, essayer de faire et de parler comme l’autre, se surprendre, se faire une place, trouver sa propre manière d’aborder les choses.
Au Kindertreff les enfants vont, à travers l’exemple des adultes, vivre comment on peut gérer deux langues et deux cultures. Quand l’adulte s’adresse à un enfant, le principal est la communication. Pour nous, il est important qu’un enfant qui nous parle, qui veut raconter quelque chose, se sente écouté et compris. Le niveau relationnel et les sentiments lors d’un échange doivent primer sur la langue choisie. (Un sentiment d’exclusion, de non-compréhension peut être un frein pour la relation.) L’enfant est ainsi motivé de parler, de s’exprimer, de communiquer. Il est rassuré de voir que le choix de la langue lui appartient.
Tous les éducateurs parlent deux langues et laissent à l’enfant le choix de s’exprimer dans celle qui lui convient le mieux selon le moment, l’émotion, l’interlocuteur… L’équipe est attentive au fait qu’il n’y ait pas d’exclusion linguistique et que chacun puisse comprendre les différentes situations. Des supports imagés sont utilisés en toute occasion pour faciliter l’acquisition de vocabulaire.
L’exemple du « Erzählstein » (une pierre qui se passe de mains en mains afin de répartir la parole) est un bon moyen de faciliter cette libre expression des enfants. Cela demande à l’adulte de la patience et de l’écoute active.
Le mélange des cultures est également caractérisé par les fêtes allemandes et françaises qui rythment l’année et auxquelles chaque famille est invitée à participer : Saint Martin, Saint Nicolas, Fête des Lumières, Fête de l’Avent, Epiphanie, Carnaval, Pâques, Fête de l’été etc. Les adultes expliquent aux enfants l’origine de ces fêtes. Cela se fait sous forme de jeux, de chants, de comptines etc.
Déroulement

Le personnel de langue maternelle allemande s’adresse le plus souvent possible aux enfants bilingues ou allemands dans cette langue. L’enfant répond dans la langue qu’il a choisie pour ce moment précis. A aucun moment l’enfant n’entend : « Je ne te comprends pas » (sauf si c’est vrai bien sûr) ou « Parle l’allemand avec moi ! » etc. L’enfant est respecté dans son choix d’utiliser l’une ou l’autre langue. Le choix d’une langue dépend aussi du développement linguistique de l’enfant et de son vécu avec ses deux langues. Le fait de respecter ce choix donne une sécurité émotionnelle à l’enfant, il n’est pas brusqué et participe à une communication vraie.
Il est recommandé au personnel de s’exprimer en allemand même si l’enfant entame le dialogue ou répond en français. Mais il existe tout naturellement des situations où une personne de langue maternelle allemande parle français avec les enfants, pour diverses raisons : par exemple, si le groupe comporte des enfants qui ne comprennent pas l’allemand. Le contenu du message doit être compris par tout le monde, pour éviter le sentiment d’exclusion par la langue. Si un enfant de ce groupe ne comprend pas le français, la même éducatrice va exprimer son message dans les deux langues. D’ailleurs, même dans le cas où tout le monde a compris, l’éducatrice, pour établir des parallèles, va souvent répéter le message dans les deux langues.
Nous reconnaissons les efforts des enfants pour parler les deux langues et nous faisons attention à donner un retour positif pour améliorer leur apprentissage « définitif » dans l’une ou l’autre des deux langues. Ceci se fait par la répétition de la phrase, et non pas par une réaction comme « c’est faux, on ne le dit pas comme ça… ». Au contraire, nous encourageons les enfants en disant, par exemple : « C’est bien, tu as presque trouvé le bon mot ou la bonne phrase, je te félicite et je te le redit. »
Quand l’enfant est très petit, dans une communication essentiellement gestuelle ou une communication d’intonation, au-delà du verbal, une personne adulte peut lui parler dans n’importe quelle langue, l’enfant comprenant par la situation les mimiques, les inflexions, etc. A un moment donné, l’enfant a une exigence verbale, il devient désireux de connaître les mots, surtout dans son contexte social. Dans cette période, au Kindertreff, il nous paraît important de lui parler dans la langue qu’il comprend pour renforcer ce qu’il sait. Lorsqu’il a passé cette étape de communication verbale, pendant laquelle il prend conscience que chaque chose a un nom et il semble avoir acquis une base solide qui le rassure, il est prêt pour l’étape suivante. Tout à coup, quand l’enfant a atteint ce palier, se manifeste dans toute son attitude un intérêt nouveau pour la langue qu’il ignorait jusque là. Par exemple, son regard ou une de ses actions reste suspendu un instant, ou l’enfant se retourne vers celui qui a parlé allemand. On sent que son écoute devient attentive, qu’il reste présent, intrigué, voire captivé par cette phonétique différente. En étant vigilant, on va repérer ce déclic merveilleux et on va pouvoir à nouveau lui parler dans les deux langues. C’est le passage où l’enfant va comprendre qu’il y a d’autres univers et il va, à sa manière, s’approprier les langues et faire diverses tentatives en fonction des personnes ou des circonstances.
Les enfants apprennent qu’ils ne sont pas compris de tous, et l’attention à l’autre s’en trouve renforcée. Distance linguistique, créativité verbale, esprit d’analyse et abstraction sont, eux aussi, renforcés. Les enfants gardés au Kindertreff vont donc vivre cette expérience de découverte d’une langue différente avant trois ans.
Même si l’enfant est monolingue, de parents français, et qu’ensuite il n’est plus en situation d’apprentissage de la langue étrangère, cet enfant qui aura vécu ces expériences de bilinguisme à la crèche, aura fait cette découverte majeure d’ouvrir son oreille à des sonorités différentes et de développer ses propres stratégies d’apprentissage. S’il n’a pas la possibilité d’arriver jusqu’à s’exprimer et comprendre une deuxième langue, il aura cependant développé une compétence passive. Certes, cette compétence restera sans doute longtemps enfouie en lui, mais elle sera associée à des souvenirs chaleureux et à la valorisation de son entourage pour cette expérience particulière. Si elle n’est pas réactivée tout de suite, elle sera cependant le germe prêt à éclore dans toute activité biculturelle ou langagière proposée plus tard. L’enfant apprend donc à ouvrir son oreille et à ainsi découvrir le monde.